La stratégie européenne de Lisbonne, vers un marché de la recherche - 10 novembre

Conférence d’Isabelle Bruno, maître de conférences en science politique à l’Université Lille 2

Mars 2000 : un Conseil européen extraordinaire se réunit à Lisbonne. Quoiqu’il demeure inconnu du grand public, ce sommet marque un tournant dans l’histoire de la construction européenne. Les chefs d’État et de gouvernement des quinze pays membres de l’Union se sont alors fixé « un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». À cette fin, ils ont ouvert le chantier d’un Espace européen de la recherche (EER), qui entend organiser la production, l’échange et la valorisation des savoirs sur le modèle du Marché commun. Ce projet vise à orienter les activités de recherche et d’innovation vers une finalité de compétitivité économique. Son but est de mettre les systèmes nationaux en concurrence au moyen de techniques managériales censées insuffler un « esprit compétitif » dans les laboratoires comme dans les administrations publiques. Il s’agit d’inciter les « chercheurs-entrepreneurs » à optimiser leur productivité, et les gouvernants à aménager des conditions institutionnelles, juridiques et culturelles attractives aux yeux des investisseurs. Cette politique n’est pas neutre. L’auteure propose d’en déchiffrer les effets sur la société européenne.