Pendant la crise, la "guerre des classes" continue - 18 mars

Conférence de François Ruffin,
Auteur de « La guerre des classes »


« La guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre et nous sommes en train de la remporter. »
C’est la première fortune mondiale qui a formulé ce jugement.

Et c’est une évidence, sans doute, en cette époque où un « marché du luxe en forte croissance » côtoie « les émeutes de la faim ». Une banalité, même, dans une France où le CAC 40 annonce des « profits records » et des « méga-dividendes » tandis que les salaires stagnent depuis trois décennies, avec des employés recrutés en CDD, en intérim, dont on rogne jusqu’aux incertaines retraites. Une certitude statistique quand 9,3 % du PIB a glissé, en vingt ans, du Travail vers le Capital.
Une évidence, alors.
Sauf qu’il a fallu, justement, un milliardaire pour la dénoncer.
Jamais la gauche n’aurait osé prononcer ces mots, « guerre des classes » : par crainte de paraître « archaïque », « simpliste », « manichéenne ». Une gauche qui s’autocensure au nom de la supposée « complexité ». Toute une gauche avec des pleutres pour chefs, qui déguisent leur lâcheté en « courage », leur renoncement en « audace », et qui causent gentiment de « rénovation », de « modernisation » pour mieux masquer leur trahison. Pendant que la droite - patrons, présidents, ministres - gagne chaque jour des batailles. Tranquillement, paisiblement. Dans une « guerre des classes » qu’elle mène, mais sans la déclarer.