Le climat otage de la finance - 9 mars

.

De Seattle à Copenhague, comment le capitalisme néolibéral est passé au « vert »

A Kyoto, en 1997, les États ont choisi de confier au marché le soin de lutter contre le changement climatique : il ne fallait surtout pas remettre en cause les règles du commerce international. Le marché du carbone devenait la seule solution envisageable.

La logique de ce système est très simple. On attribue aux entreprises qui émettent des gaz à effet de serre (GES) des quotas qui portent sur leurs rejets de GES. Ces quotas sont ensuite échangeables en Bourse, la loi de l’offre et de la demande fixant le prix à payer pour polluer.

Comme tout marché, la Bourse du carbone permet la spéculation grâce aux outils classiques de la finance : contrats à terme, produits dérivés, fonds d’investissement.

Ce marché a été étendu. L’agriculture, les forêts, l’élevage sont rapidement englobés dans la Bourse du carbone. Les grandes multinationales se précipitent sur les « technologies vertes », mais également sur les terres agricoles ou les forêts qui rapporteront des droits à polluer, expropriant au passage des paysans ou des populations autochtones.

De plus en plus, le changement climatique est un alibi pour tout faire accepter : une taxe carbone scandaleusement injuste en France, des agro-carburants ou des projets délirants de centrale photovoltaïque en Afrique, la spéculation sur les droits à polluer. Bref, un pas de géant dans la logique de marchandisation de la planète. Ce que l’Organisation mondial du commerce ne serait jamais parvenue à faire, Kyoto et Copenhague l’auront permis.

Les mouvements sociaux et la société civile doivent s’emparer au plus vite de la question du changement climatique. Les débats à mener sont multiples : comment dé-mondialiser l’économie ? Pourquoi revendiquer la souveraineté alimentaire et pas la souveraineté industrielle ? Peut-on éviter le protectionnisme écologique et social ? Comment sortir de l’OMC et de l’eurolibéralisme ? Face à l’offensive du capitalisme vert, c’est le moment où jamais de poser ces questions éminemment politiques.